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25 avril 2026 — Jérémy D.

Comment décrocher une première partie de concert quand on est indé

Vous voyez passer l’annonce : “[Tête d’affiche] en concert au [salle moyenne] le 15 mai”. Vous vous dites : “ce serait parfait pour ma première partie.” Vous envoyez un mail à la salle. Pas de réponse. Vous écrivez au tour manager du groupe. Pas de réponse non plus.

Décrocher une première partie, c’est l’un des leviers les plus puissants pour un musicien indépendant : public déjà là, conditions techniques pro, exposition immédiate. Sauf que personne ne vous explique vraiment comment ça se décide. Voici la mécanique réelle.

Qui choisit les premières parties (en vrai)

Selon la taille du concert, la décision se prend ailleurs :

  • Petits lieux (bars, cafés-concerts) : le programmateur du lieu décide en autonomie. C’est le plus accessible
  • Salles moyennes (200-800 places) : le programmateur de la salle propose, le tourneur de la tête d’affiche valide
  • Grosses salles, festivals, Zénith : c’est le tourneur ou le manager de la tête d’affiche qui décide. Souvent en collaboration avec le label

La règle d’or : plus la tête d’affiche est grosse, moins la salle a de pouvoir de décision.

Les vrais critères de sélection

Ce qui pèse dans la décision (par ordre d’importance) :

1. La cohérence stylistique

Une première partie doit “préparer” le public à la tête d’affiche. Pas la dénaturer, pas faire bizarre. Si la tête d’affiche est en folk introspectif, mettre un groupe de math-rock en première partie casse l’ambiance.

Vous devez prouver que vous élargissez l’expérience du public, pas que vous la perturbez.

2. La capacité à attirer du public

Si vous habitez la ville et que vous avez une fan base locale, c’est un argument énorme. La salle gagne sur la billetterie, et la tête d’affiche joue devant une salle plus pleine.

3. Le professionnalisme apparent

Tour manager, tourneur, programmateur : ils ne veulent pas gérer un casse-tête. Si votre EPK est nickel, votre fiche technique claire, vos liens vidéo récents, vous passez devant un groupe au même niveau musical mais qui présente mal son dossier.

4. Le réseau

Brutal mais vrai : si vous connaissez quelqu’un qui peut faire passer votre nom au bon moment, vos chances explosent. Le bouche-à-oreille fait 50% du job.

Quand contacter (le timing tue)

C’est l’erreur la plus fréquente : contacter trop tard.

  • Tournées d’envergure (>500 places, salles type Bataclan, Olympia) : la première partie est souvent déjà choisie 4 à 6 mois avant la date
  • Salles moyennes : 2 à 4 mois avant
  • Petits lieux : 1 à 2 mois avant peut suffire

Dès qu’une tournée est annoncée, regardez les dates et anticipez. Si vous lisez l’annonce 3 semaines avant la date, c’est probablement déjà trop tard pour les grosses dates.

Qui contacter exactement

Pour les petites et moyennes salles : la salle directement

Cherchez le mail du programmateur (pas le contact générique, le nom de la personne). Sujet :

“Première partie - [Nom du groupe en tournée] - [Date] - [Votre nom]”

Le sujet doit immédiatement dire qui, quoi, quand. Le programmateur reçoit 200 mails par jour. Si votre objet est flou, vous êtes ignoré. La 1ère partie en SMAC est une voie d’entrée privilégiée — voir l’annuaire des SMAC en France pour le détail du réseau.

Pour les grosses salles : le tourneur du groupe

Comment trouver le tourneur d’un artiste ?

  • Sur leur site ou Bandcamp : cherchez “booking” ou “contact”
  • Sur Facebook : la page officielle a souvent le contact pro en bio
  • Sur le site du label : les labels affichent les tourneurs de leurs artistes
  • Sur Indyweb / Songkick : ils référencent parfois les contacts pro
  • Sur l’annuaire pro Indy-Booking : la base centralise les contacts directs des salles françaises (3 000+ lieux) — utile pour repérer rapidement le programmateur de la salle où votre tête d’affiche joue, sans avoir à fouiller le site du lieu

Une fois le tourneur identifié, écrivez court et précis. Cf. notre guide du démarchage musical pour la structure du mail.

Le mail qui fonctionne

Voici la structure d’un mail de demande de première partie qui passe :

Objet : 1ère partie [Nom de la tête d’affiche] - [Ville] - [Date]

Bonjour [prénom],

Nous sommes [nom du groupe], un trio [genre] basé à [ville]. Nous avons vu que [tête d’affiche] joue à [salle] le [date]. Notre univers est très proche du leur (références : [2-3 noms cohérents]), et nous pensons sincèrement que ce serait une rencontre logique.

Quelques éléments concrets :

  • On a joué [X] dates l’an dernier, dont [salle reconnue de votre niveau]
  • Notre dernier EP a été chroniqué par [média si pertinent]
  • On peut mobiliser [chiffre réaliste] personnes sur [votre ville]

EPK : [lien] Live récent : [lien vidéo]

Disponibles évidemment pour la date. Merci d’avance pour votre retour, même négatif.

[Votre nom]

Court. Argumenté. Pas de blabla.

Les erreurs qui plombent

Demander à l’arrache “vous voulez une première partie ?”

Sans contexte, sans liens, sans cohérence stylistique. C’est l’équivalent d’un CV vide envoyé à 100 entreprises.

Mentir sur ses chiffres

“On peut faire venir 200 personnes.” Vous savez très bien que c’est 30. Le tourneur va vérifier (Facebook, Instagram, capacité réelle de votre dernier concert). Une fois grillé, vous êtes blacklisté.

Insister après un non

Vous avez votre réponse. Ne renvoyez pas trois mails de suite. Notez le contact, gardez-le, recontactez dans 6 mois pour un autre projet. Le suivi long terme paie. C’est exactement ce qu’on explique dans notre guide pour gérer ses relances.

Refuser des conditions parce qu’elles sont basses

Une première partie, c’est rarement bien payée (souvent 100-300 € pour le groupe, parfois rien + repas + chapeau). Si la tête d’affiche est cohérente avec votre projet et que la salle est bonne, dites oui même si le cachet pique. C’est un investissement, pas une prestation.

Cela dit : ne jouez jamais gratuitement pour un événement à but lucratif. Frais couverts (transport, repas), c’est le minimum. On en parle plus en détail dans notre article sur comment fixer son cachet.

Stratégie long terme

Décrocher une première partie de temps en temps, c’est bien. En faire un levier régulier, c’est mieux. Quelques tactiques :

  • Suivez les annonces de tournées dès qu’elles sortent, pas trois jours avant
  • Identifiez 10 artistes “tête d’affiche cible” dont vous êtes proches musicalement, et suivez leurs dates
  • Construisez une relation avec 3-4 programmateurs locaux : ce sont eux qui pensent à vous quand un groupe en tournée a besoin d’une 1ère partie
  • Sortez de la musique régulièrement (singles, vidéos live) : un groupe actif est plus facile à proposer qu’un projet en sommeil

C’est exactement le type de suivi (relations, opportunités, dates de tournées) qu’un outil comme Indy-Booking permet de gérer sans tout perdre dans les mails.

En résumé

Décrocher une première partie, ce n’est pas de la chance. C’est une équation entre cohérence stylistique, timing, professionnalisme et réseau. Travaillez les quatre, et les opportunités finiront par arriver.

Et le jour où elles arrivent : vous êtes prêt.

Pour la vue d’ensemble du booking DIY (positionnement, ciblage, négociation, admin, fidélisation), le guide du booking DIY couvre toute la chaîne dont la première partie n’est qu’un levier parmi d’autres.