25 mars 2026 — Jérémy D.
Fixer son cachet : combien demander pour un concert ?
Vous sortez d’un concert dans un bar. Trois sets, deux heures de jeu, du matos à transporter. Le patron vous tend 100 euros. Pour le groupe entier. Vous souriez poliment, mais au fond, vous savez que quelque chose cloche.
Fixer son cachet, c’est l’un des sujets les plus flous pour les musiciens indépendants. Trop cher, vous perdez la date. Pas assez, vous bossez à perte. Et personne ne vous a appris à négocier ça.
Les fourchettes de prix : à quoi s’attendre
Commençons par poser des chiffres concrets. Ce sont des moyennes, pas des règles absolues — ça dépend de votre notoriété, de votre région et du contexte. Mais ça donne un repère.
Bars et petites salles
- Solo / duo : 150 à 300 euros
- Groupe (3-5 musiciens) : 300 à 800 euros
- Souvent au chapeau ou au cachet fixe + chapeau
- Parfois : repas + consommations inclus (ce n’est pas un cachet, c’est un bonus)
Salles de concert (SMAC, MJC, salles municipales)
- Solo / duo : 400 à 800 euros
- Groupe : 800 à 2 000 euros
- Fiche technique prise en charge, sono fournie
- Contrat de cession ou GUSO obligatoire
Festivals
- Petits festivals locaux : 500 à 1 500 euros
- Festivals moyens (1 000-5 000 spectateurs) : 1 500 à 5 000 euros
- Gros festivals : 5 000 euros et bien au-delà
- Souvent : hébergement, repas et déplacements inclus
Ces chiffres sont des points de départ. Si vous débutez votre démarchage de salles et festivals, visez le bas de la fourchette et montez au fil de votre expérience.
Comment calculer votre cachet minimum
Avant de négocier, faites vos comptes. Un cachet ne couvre pas que votre temps sur scène. Il inclut :
- Les répétitions (des heures de travail invisibles)
- Le transport (essence, péages, location de véhicule)
- L’usure du matériel (cordes, baguettes, consommables)
- Les charges sociales si vous êtes intermittent
- Le temps de montage/démontage
Prenez tout ça, divisez par le nombre de musiciens, et demandez-vous : est-ce que chacun est payé décemment pour sa journée de travail ? Si la réponse est non, votre cachet est trop bas.
Négocier sans se brader
Annoncez un prix, pas une fourchette
“Notre cachet est de 800 euros.” Point. Si vous dites “entre 500 et 800”, le programmateur entendra 500. C’est humain.
Justifiez sans vous excuser
Vous n’avez pas à vous justifier d’être payé pour votre travail. Mais si on vous demande des explications, soyez factuel : “Ce cachet couvre 4 musiciens, le transport depuis Lyon et 3 heures de prestation.”
Proposez des alternatives
Le lieu n’a pas le budget ? Explorez d’autres pistes :
- Un cachet réduit + le chapeau
- Deux sets au lieu de trois
- Une date en semaine (moins de public, mais le lieu a peut-être plus de budget)
Mettez tout par écrit
Un accord verbal, ça ne vaut rien quand il y a un problème. Contrat de cession, GUSO, ou au minimum un email récapitulatif avec les conditions. Protégez-vous.
Les erreurs qui plombent votre carrière
Jouer gratuitement “pour la visibilité”
C’est LE grand classique. “On ne peut pas vous payer, mais il y aura du monde.” Traduction : on ne valorise pas votre travail.
La visibilité ne paie pas votre loyer. Et un lieu qui ne vous paie pas aujourd’hui ne vous paiera probablement pas demain non plus.
Il y a des exceptions : un concert caritatif, un événement entre amis, un tremplin stratégique. Mais ce doit être votre choix, pas une contrainte déguisée en opportunité.
Baisser votre prix à la première objection
Si un programmateur dit “c’est trop cher”, ne divisez pas votre cachet par deux dans la seconde. Demandez quel est son budget. Parfois l’écart est minime. Parfois le lieu n’a vraiment pas les moyens — et ce n’est pas grave, passez au suivant.
Ne pas oser demander
Beaucoup de musiciens n’osent tout simplement pas parler d’argent. Ils attendent que le lieu propose un montant. Résultat : ils subissent au lieu de décider. Votre cachet fait partie de la conversation, au même titre que la date et les horaires.
Adapter son cachet à sa progression
Votre cachet n’est pas figé. Il évolue avec votre parcours :
- Vous débutez : acceptez des cachets modestes, mais refusez le gratuit
- Vous avez 20-30 dates par an : vous êtes en droit de monter vos tarifs
- Vous remplissez des salles : votre cachet doit refléter votre capacité à attirer du public
Gardez une trace de toutes vos dates, de vos cachets et des retours des lieux. C’est un argument en or quand vous cherchez de nouveaux concerts.
En résumé
Fixer son cachet, c’est un exercice d’équilibre entre ce que vous valez, ce que le marché accepte et ce que vous êtes prêt à négocier. Posez vos chiffres, assumez-les, et n’ayez pas peur de dire non quand les conditions ne sont pas réunies.
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Pour la vue d’ensemble du booking DIY (positionnement, ciblage, négociation, admin, fidélisation), le guide du booking DIY couvre toute la chaîne — avec un tableau de fourchettes 2026 par type de lieu. Et pour les fourchettes spécifiques par catégorie (bars, SMAC, festivals, mairies, centres culturels…), l’annuaire complet des salles de concert détaille les cachets typiques pour chacun des 9 types de lieux.
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