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6 mai 2026 — Jérémy D.

Premier concert payé : combien demander quand on n'a aucune date

Tu viens de boucler tes premières répétitions. Tu as un peu de matos, un set qui tient debout, et un patron de bar qui te dit “Vous voulez jouer chez moi ?”. Et là, panique : combien tu demandes ? Tu hésites entre rien (pour ne pas faire fuir) et 300 € (parce que tu as lu ça quelque part). Ni l’un ni l’autre n’est juste. Voici comment trancher.

La règle d’or : ce qui te coûte vraiment de jouer

Avant de demander un cachet, calcule ce que la date te coûte. Sans ça, tu négocies dans le noir. Pour 4 musiciens à Lyon qui jouent dans un bar à Annecy un samedi soir :

  • Essence + péages (aller-retour) : 60-80 €
  • Repas avant et après : 4 × 15 € = 60 €
  • Petits matos consommables (cordes, baguettes, pile DI) : ~ 10 €
  • Temps (4 personnes × 8 h) : si tu valorises ne serait-ce qu’à 12 €/h, ça fait 384 € en équivalent travail
  • Risque : matos qui casse, voiture qui tombe, jambe qui se casse en chargeant

Le vrai coût “argent” de la date : 130-150 €. Si on inclut le temps : 500-600 €.

Conclusion : jouer en dessous de 200 € à 4 musiciens, c’est payer pour jouer. C’est un choix qui peut se défendre — mais c’est un choix.

Le mythe à casser : “tu dois jouer gratuit pour exister”

Faux dans l’écrasante majorité des cas. Voici pourquoi :

  1. Un patron qui te paie 100 € investit dans toi. Il a une motivation à communiquer sur ton concert. Un patron qui te prend gratos n’a aucune raison de bosser pour ton public.
  2. Tu casses le marché pour les autres groupes locaux. Un patron habitué à 4 groupes gratos par mois ne paiera plus jamais.
  3. Tu ne mesures rien. Un cachet, même symbolique, te donne une métrique : qu’est-ce qui se vend, à quel prix, où.

Les exceptions où le gratuit a un sens :

  • Une scène ouverte ou une jam (par définition gratuites).
  • Une cause que tu défends (concert solidaire, soutien association).
  • Une opportunité de visibilité massive clairement mesurable (1ère partie devant 800 personnes par exemple).

Sinon : demande.

Les 5 modes de rémunération possibles

1. Le cachet fixe

Tu demandes une somme, tu joues, tu factures. Simple, mesurable.

2. Le pourcentage des entrées (billetterie partagée)

Tu prends 50 % à 70 % des entrées. C’est pertinent si la salle communique vraiment sur ton concert et si tu vends des places. Pour un débutant sans public local, c’est souvent un piège (tu joues devant 8 personnes pour 24 €).

3. Le pourcentage des consos

Tu prends 15-25 % du chiffre d’affaires bar de la soirée. C’est rarement intéressant pour un débutant (tu ne contrôles pas la consommation).

4. Le forfait + bonus

Tu prends un cachet fixe (couvre tes frais) + un bonus si la billetterie dépasse un certain seuil. C’est une bonne formule en bar-concert.

5. Le défraiement seulement

Pas de cachet, mais tous les frais payés (essence, péages, repas, hébergement). C’est la formule “presque-gratuit”. À considérer dans les 5 premières dates pour rôder le live, pas au-delà.

Les fourchettes réalistes pour un débutant

Bar-concert / café-concert

  • Solo / duo : 80-150 € pour 1h-1h30
  • Trio / quartet : 150-300 €
  • Quintet+ : 250-400 €

Si on te propose 50 €, ce n’est pas un cachet, c’est un défraiement essence. Refuse poliment ou demande à monter à 100 € minimum.

Salle associative / MJC

  • Solo / duo : 200-400 €
  • Trio / quartet : 400-700 €
  • Quintet+ : 600-1 000 €

C’est ici que se passent les vrais premiers cachets. Voir salles associatives MJC.

Mairie / fête de la musique / concert d’été

  • Solo / duo : 300-600 €
  • Trio / quartet : 600-1 000 €
  • Quintet+ : 800-1 500 €

Les communes ont un budget annuel pour la culture. Voir concerts d’été en mairie et comités des fêtes.

Le piège : la “première partie”

Une première partie payée 100 € pour 4 musiciens devant 200 personnes, c’est légitime quand c’est un projet en construction qui te paie ta visibilité. Mais vérifie ce que touche la tête d’affiche : si elle prend 2 500 € et que tu prends 100 €, tu te fais avoir. Demande au moins 150-300 € + tous frais payés.

Comment justifier un prix face à un programmateur

Quand le patron te dit “On peut faire 80 € ?” :

Réponse courte (à utiliser souvent)

“Sur un quartet à 4 musiciens, à 80 € ça nous coûte plus que ça nous rapporte. On peut être à 200 € minimum. Ça inclut la fiche tech légère et le set de 1h15. Ça te va ?”

Tu donnes le chiffre, la raison et le package dans la même phrase. Pas de plainte, pas de longue justification.

Si le patron pousse encore

“Je comprends que ton budget soit serré. On a deux options : soit on est à 200 € ferme, soit on fait 100 € + un partage des entrées au-dessus de 30 personnes. Tu préfères laquelle ?”

Tu offres une voie de sortie sans céder sur le minimum.

Si le patron refuse

Soit il n’a pas le budget (c’est OK, tu repars), soit il sait qu’un autre groupe acceptera (c’est ton signal pour dire non gentiment et chercher mieux). Ne te dévalorise pas pour cette date. Le bar sera toujours là dans 6 mois.

Le piège du “je t’invite à manger / boire”

Beaucoup de patrons te proposent : “On te paie pas en cash mais on te nourrit, tu bois ce que tu veux, hébergement chez moi”. C’est valable si:

  • Le matériel et la conso valent réellement ton cachet hors taxes (rare).
  • C’est explicitement une amitié, pas un cadre pro.

C’est piège si:

  • Tu reproduis ça 10 fois dans l’année.
  • Tu n’as aucune trace écrite.
  • Tu n’as aucun cachet officiel pour ta SACEM, tes points intermittents, ton CV.

Pour creuser le sujet : comment fixer son cachet.

Les 3 réponses qui te grillent

  1. “Combien tu peux ?” → Tu donnes le pouvoir au programmateur. Mauvaise idée. Donne d’abord.
  2. “On accepte ce que tu proposes” → Tu signales que tu ne vaux pas grand-chose.
  3. “Je suis flexible” → Trop vague. Tu dois savoir ton minimum.

Apprends à dire un chiffre clair + une raison + une porte de sortie.

La question administrative

Pour facturer ton premier cachet :

  • Tu n’as ni statut ni structure : passe par le GUSO (le bar te paie au GUSO, qui reverse en salaire avec charges). Voir SACEM GUSO facturation.
  • Tu es auto-entrepreneur : tu factures en BNC, mais c’est rarement la bonne formule pour un musicien (problème de qualification du revenu). Voir auto-entrepreneur musicien.
  • Tu es intermittent : ton employeur te paie en cachet, tu déclares 12h par cachet à France Travail.

Pour un premier concert : GUSO est presque toujours la bonne réponse. Demande au patron : “Tu peux passer par le GUSO ? C’est plus simple pour nous deux.”

En résumé : ton premier prix juste

  • Calcule ton coût réel (essence + temps + matos) avant de proposer.
  • Refuse de descendre sous 200 € à 4 musiciens en bar.
  • Propose un chiffre + une raison + une option quand on négocie.
  • Privilégie le cachet fixe au pourcentage tant que tu n’as pas de public local.
  • Passe par le GUSO pour la facturation des premières dates.

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